Métanoïa : Rapports entre transformations sociales contemporaines et risques émergentes
- Symposium
- du 14 au 15 décembre 2026
- 09h-17h30
Campus Issy-les-Moulineaux
Faculté de Droit
2 allée des Moulineaux
Présentation
Le Centre d’études sur la métanoïa est dédié à la recherche interdisciplinaire sur les transformations personnelles et collectives, y compris, mais sans s’y limiter, la conversion religieuse. Chaque année, le Centre organise un symposium international qui réunit des chercheurs confirmés et en début de carrière, ainsi que des artistes et des praticiens, pour deux jours d’échanges approfondis autour d’un thème commun.
Thème 2026 : Le Risque
Le changement est chargé de risques. Les êtres humains sont contraints de se transformer, individuellement et collectivement ; pourtant, incapables de prévoir les conséquences à long terme de nombreuses formes de changement, chaque génération humaine successive, et chaque individu, doit apprendre à gérer les innombrables risques inhérents à la vie dans un monde dynamique et largement inconnu. De plus, les traditions religieuses et philosophiques proposent des conceptions concurrentes du risque (ce qui est dangereux, ce qui menace, ce qui rend une personne vulnérable), chacune avançant ses propres promesses de sécurité. La métanoïa se déploie ainsi dans un paysage conflictuel de prétentions rivales, où individus et sociétés doivent naviguer entre des visions incommensurables du danger et de l’épanouissement, sans point de vue épistémique global permettant d’arbitrer entre elles ou de trancher définitivement leurs prétentions respectives à la vérité. Comme l’observait Emmanuel Mounier, « le sacrifice, le risque, l’insécurité, la rupture et l’excès sont le destin inéluctable de la vie personnelle». Ces risques sont particulièrement aigus lorsque la transformation touche à nos engagements les plus fondamentaux : croyances concernant les valeurs ultimes, la nature de la réalité et les formes de vie que nous jugeons dignes d’être vécues. Les processus de conversion personnelle et de transformation sociale plus large — qu’ils soient religieux, éthiques ou politiques — exposent individus et communautés à des formes multiples et imbriquées de risque formel, existentiel, ontologique et politique. Celles-ci incluent des risques pour la sécurité physique, lorsque la transformation suscite hostilité ou persécution ; des risques sous forme de violations des droits, lorsque les individus sont empêchés ou punis pour poursuivre leur transformation ; et des risques pour la cohésion sociale, lorsque les normes et institutions établies sont déstabilisées ou renversées.
Mais au-delà de ces dimensions plus familières existent des formes de risque moins visibles mais tout aussi significatives que nous invitons particulièrement les contributeurs à examiner : épistémiques, éthiques, psychologiques et normatives.
Le risque épistémique concerne les dangers inhérents au fait de croire, de connaître et de juger. Comme l’a formulé William James, la quête de la vérité et l’évitement de l’erreur sont des impératifs distincts et parfois concurrents : « Nous devons connaître la vérité ; et nous devons éviter l’erreur — tels sont nos premiers et grands commandements en tant que prétendants à la connaissance ; mais ils ne sont pas deux façons d’énoncer un engagement identique, ce sont deux lois distinctes.» Franchir le seuil de la transformation, c’est risquer de se tromper — adopter de fausses croyances ou mal reconnaître la réalité. Mais refuser le changement n’offre aucune garantie : on peut tout autant manquer ce qui est vrai. Le changement métanoïque confronte ainsi les individus à un dilemme inévitable. À chaque instant, il faut décider de s’engager, de suspendre son jugement ou de réviser sa position, sachant que chaque option comporte sa propre exposition épistémique. La conversion, en ce sens, n’est pas un saut unique mais une condition continue de révisabilité.
Le risque éthique, quant à lui, concerne la possibilité d’agir de manière erronée tout en se croyant dans le juste. À certains égards, il prolonge le risque épistémique puisqu’il implique ce que nous savons ou croyons savoir de la morale et de la vertu. Ce qui nous intéresse ici ne relève pas de questions épistémiques étroites concernant les conséquences causales d’une action donnée, mais de la possibilité d’entrer, sans le savoir, dans une forme de vie erronée, tout en pensant s’orienter vers le bien. Paul Ricoeur définit l’éthique comme « la visée de la vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes.»Réorienter ses pratiques — adopter de nouvelles disciplines, renoncer à des attachements familiers ou rediriger ses désirs — expose à un risque d’erreur morale à un niveau profond. On peut en venir à incarner des engagements non seulement erronés mais aussi éthiquement déficients, tout en les comprenant comme des améliorations. Cette dimension est particulièrement saillante pour l’étude de la métanoïa, car elle met en lumière l’inséparabilité des croyances et des pratiques.
Une autre dimension concerne les dangers psychologiques associés aux nouveaux états de conscience et à l’émergence de contenus inconscients. Dans les traditions psychodynamiques, ces processus sont potentiellement déstabilisants, car ils peuvent perturber les équilibres psychiques établis et exposer les individus à des expériences dépassant leur capacité d’intégration. En psychologie analytique, la notion d’« inflation du moi » chez Carl Jung souligne le risque que la rencontre avec des contenus archétypiques ou « numineux » conduise à une mauvaise identification, à la grandiosité et à une altération du jugement. Plus largement, les méthodes qui accélèrent l’accès à l’inconscient peuvent contourner le travail progressif d’intégration psychique, augmentant le risque de désorganisation. La métanoïa implique ainsi non seulement une exposition épistémique et éthique, mais aussi la possibilité d’un déséquilibre ou d’une fragmentation psychologique.
Enfin, le risque acquiert une dimension normative lorsque sa gestion et son contrôle deviennent des modèles institutionnalisés de conduite, façonnant les attentes quant aux comportements individuels et organisationnels. C’est en ce sens qu’Ulrich Beck caractérise la « société du risque » contemporaine : une modernité réflexive où l’anticipation et la gestion du risque deviennent une rationalité dominante, continuellement renforcée par les développements scientifiques et technologiques. Cette évolution est visible, par exemple, dans le domaine de la santé mentale, où les objectifs thérapeutiques ont en partie été supplantés par des logiques diagnostiques orientées vers l’identification et la gestion de populations « à risque », comme l’a montré Robert Castel. De même, dans le champ de la criminologie, Malcolm Feeley et Jonathan Simon décrivent le passage d’un idéal de réhabilitation à des stratégies centrées sur l’évaluation et la gestion du risque de récidive. Plus largement, Beck interprète ces évolutions comme symptomatiques d’un affaiblissement des structures collectives et des solidarités. À leur place émerge un discours individualisé du risque, dans lequel les individus sont de plus en plus tenus d’anticiper et de gérer eux-mêmes leur exposition (au chômage, à la maladie, à l’insécurité, etc.), souvent avec un soutien institutionnel limité. Dans cette perspective, il devient essentiel d’examiner les effets transformateurs de cette normativité gestionnaire, afin de mieux comprendre les nouvelles configurations du risque personnel et collectif qu’elle produit, et d’explorer si d’autres formes de sens — nouvelles ou héritées — peuvent en contrebalancer les effets potentiellement iatrogènes.
Pris ensemble, ces perspectives suggèrent que le risque n’est pas accessoire à la métanoïa, mais constitutif de celle-ci. Changer, c’est entrer dans des conditions d’incertitude qui ne peuvent être pleinement résolues à l’avance ; mais rester inchangé implique également d’assumer un ensemble différent de risques, non moins conséquent. L’étude de la métanoïa requiert donc une attention soutenue aux tensions entre action et hésitation, engagement et révision, transformation et stabilité.
En mettant en dialogue des perspectives issues de différentes disciplines académiques, le symposium vise à approfondir notre compréhension de la manière dont le risque façonne, contraint et rend possibles les processus par lesquels les individus et les sociétés connaissent des transformations profondes.
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14-15 décembre 2026 : « Symposium Métanoïa : Le risque »
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